Playlist #20 – 09/02/2026

J’ai essayé de faire une playlist de doomer, ou de fan de heavy metal de plus de 50 ans vaguement sur le retour; cheveux long arrangés en queue de cheval avec calvitie marquée et t-shirt de Venom; harmband, **colier **cloutée et corpse paint sur la tronche. J’ai envie de retourner dans les cryptes qui suintent l’alcool, les pulsions inassouvies et le sang du porc ou du poulet pittoresquement sacrifié sur scène au dessus d’un pentagramme aux contours incertains. Car on en a marre des soirées “électro” (sic) soit disant underground à 20 boules l’entrée; on en a marre des festivals à l’esthétique new age resucée moins révolutionnaire que les incipits du programme du Glucks et d’Olivier Faure réunis. Et tu remarqueras que je n’ai pas encore évoque les Halles de Saint Ouen. Je ne le ferai pas, je ne le ferai plus. Mais t’en fais pas, je n’ai pas non plus cédé aux sirènes de la Réaction; point de nordiques des 80s, point de Lumières Obscures héxagonales.

Je t’ai déjà parlé d’Oranssi Pazuzu – que j’avais vu à Prague – mais sur qui je n’étais pas revenu depuis un bail. C’est un mélange de Black avec du rock psych’; et dans cette track même avec des sonorités drum/indus : tu noteras cet espèce de wobble qui accompagne la batterie au début. Puis t’as un alien qui s’invite en frontman, du genre de ceux dans Bugonia à la fin (je te spoil mais osef car tu ne le regardera pas puisque Bégaudeau n’en a pas parlé – ouuuh ça clash, et oui c’est comme ça, y’a quoi la ! ). Je suis tombé ensuite sur cet reissue de la BO de Hellraiser (le film de Barker de ‘87)par Coil, dont la track continue de creuser le sillon SF/indus/psyché entamé par la précédente. A partir de maintenant, tu es un cénobite de l’ordre du G(ul)ash (c’est aussi moi dans deux semaines en République Tchèque). Ce bordel est bien cauchemardesque et c’est par chance que tu tombes sur une plaquette de codéine. Aie. De sombre créature sadomaso tu deviens ministre du Ministère des Marches Bizarres. Ton salut passera par le punk et ces deux tracks des archives de la Bandalulu (ce coquin) des Kahn et Neek. J’ai du mettre deux tracks car on est limité dans la playlist, mais j’aurais pu mettre tout l’album. Les 13 tracks – composées entre 2012 et 2018 – foutent une branlée à toute la prod contemporaine de grime / dark dubstep. C’est ce que je veux voir et écouter maintenant. Si les gars d’Oranssi vont du BM vers la dub psyché, les gars Khan & Neek vont de la grime et du dub vers le Punk. La boucle est bouclée, l’Ourobouritos est mangé.

Je finis sur une track nostalgie quand même et je me contredit par la même occasion car si Drukh reste dans mon top 5 des groupes de Black Metal et que cette track en particulier (Wind of the Night Forest) est sûrement une des tracks que j’ai le plus écoutée tout style confondu, compliqué de voir dans leur chanteur – Roman Saenko – qui a vendu des t-shirts faisant l’apologie des crimes nazis, joué avec une sunwheel en fond sur la stage tout en exhibant une swastika sur la batterie du groupe; bref, tout ça pour dire que ouai, difficile de voir dans Roman Saenko; mais il est peut être d’extrême droite, c’est pas impossible. Damn. “That sucks. I love Drudkh but this sucks”, comme dit un commentaire Reddit.

Bien le bonjour l’ami,

La fatigue se fait sentir après une semaine et demie de sommeil partiel. J’avais un peu récupéré ce week-end pourtant. J’ai eu le temps de lire tous les achats effectués à l’Atelier aussi, et c’était vraiment tout bien : ça fait plaisir, surtout que j’avais l’impression de ne plus rien avoir à lire de très stimulant. À l’image de mon état un peu éparpillé cette semaine, je te propose une playlist qui mélange un peu tout.

On commence par un truc très obsédant. Que ce soit la répétition tout au long du morceau ou même la texture, qui accroche un peu les oreilles. Je ne connaissais pas l’artiste, c’est une compile visiblement de trucs sortis entre 1991 et 2002. Je n’ai même pas encore pris le temps d’écouter l’ensemble de l’album.

Le second morceau change complètement. Il se distingue d’abord par une sorte de cover vraiment affreuse, et tout de suite le beat n’accroche plus : il rebondit comme une sorte de balle. Mais ce qui m’a plu, outre ça, c’est ce qui arrive ensuite : les drums, la petite voix et la sorte de synthé un peu kitsch. C’est vraiment marrant, car il n’y a rien de vraiment compliqué ici et ça fonctionne bien. Malheureusement, la seconde chanson de l’EP est vraiment moins bien.

Comme promis lors de mon introduction, cette playlist n’a pas vraiment de suite logique. On passe sur un groupe qui mélange une musique électronique avec du rap. C’est intéressant, très anglais. La rappeuse a un côté un peu punk dans sa voix et sa diction, ce qui est vraiment original. La track 2 est visiblement passée dans I May Destroy You, une des meilleures séries des dernières années.

Initialement, il y avait CBD Soda Water de Haruhi Kobayashi, mais te l’ayant déjà envoyé, je me suis dit que j’allais la changer. D’autant que tu n’as pas adoré. Du coup, j’ai découvert MT Went, un classique folk qui s’accorde parfaitement avec ces courtes journées pluvieuses. Un côté plus grunge avec la guitare électrique qui s’invite dans certains morceaux. Le groupe est visiblement un projet entre deux artistes. Je vais creuser, car j’aime vraiment bien.

Hop, là on change encore pour passer sur de la grande et chaleureuse ambient. Regional Attraction, un label que j’avais déjà vu plusieurs fois ; cette fois, c’est Iu Takahashi. Sans être un album très original, c’est un album hyper maîtrisé de bout en bout. Je vais faire une remarque peut-être très conne, mais putain, ce genre d’ambient me donne envie de revivre à la campagne : avoir un grand jardin plongé dans le brouillard, un feu de cheminée, un livre et un litre de café. La perspective de regarder par la fenêtre en lisant toute la journée m’apaise. J’ai l’impression que je ferais vachement moins d’insomnies là-bas.

Le dernier morceau reste dans le giron ambient, mais avec un peu plus d’énergie. À la base, je n’avais pas l’intention d’écouter, car j’ai jugé la cover un peu trop rapidement. Finalement, j’ai plutôt bien aimé. Je la réécoute là pour la préparation de ce texte et je suis un peu moins emballé que les premières fois. J’ai voulu changer, mais bon…

xoxo

Vous êtes plutôt goofy ou regular ? Je ne vous dis pas ce que je suis, vous le savez déjà. Vous ne m’aviez pas annoncé la couleur des playlists et de leur description. Elles m’ont beaucoup touchées. Merci de m’accueillir dans cet espace très personnel. Je vois aussi qu’il y a un bel intérêt à parler du morceau et de l’artiste. Je le fais rarement — pas par manque de curiosité, bien au contraire. J’attache de l’importance à l’émotion ressentie sur le moment, sans trop creuser leur univers. Peut-être aussi parce que j’ai une écoute frénétique (binge listening ?), un rapport pas forcément sain à la découverte musicale ? En y repensant, c’était très lié au fait d’être accepté dans le milieu où j’étais il y a 10 ans : la recherche incessante de la track qui allait être marquée par le fer de mes pairs, et sûrement re-écouter, re-jouer dans un set… Je me prête donc à l’exercice, exercice qui sans aucun doute me permettra de mieux me souvenir de ce que j’écoute !

Avant, ça donnait des collections très hétéroclites, triées par date, par thématique ou encore par émission radio avortée, voire imaginaire. Un pote (Vincent Glandier) m’avait proposé un jour d’enregistrer un épisode de son émission sur Lyl Radio, un projet mort dans l’œuf. Je pensais manquer de légitimité, et on ne parlait aussi pas très souvent. Mais la playlist, elle, a survécu.

J’ai donc (re)découvert Yoshio Ojima, un grand suédois découpeur comme son nom l’indique, et producteur d’ambient dans les années 80-90 à Tokyo. Je ne connaissais justement pas Une Collection Des Chaînons I: Music For Spiral (sortie en 1988), dont je partage un des morceaux (Serene). La note de l’album laissée par Yoshio : “Please listen to this album at around the same volume as daily life sounds such as air conditioners and refrigerators.” Expérience d’écoute à essayer, vous me direz ! Perso, je m’en vais l’écouter en tondant la pelouse du jardin que je n’ai pas (la kétamine, c’est bon). Dans l’émission, je voulais à la base jouer en intro Organic steps de l’album Hands Some, je vous la partage du coup. J’ai galéré à tout trouver sur BC, ce qui a quand même conduit à une découverte : je suis tombé sur un rouennais, Necrocachot (surement un vile cousin de Necrotrance), producteur de ce cover de Float On à la sauce Paysage d’Hiver : Blizzard (on est en manque d’indice !).

Je redécouvre aussi Genji Sawai avec Za, track bien tribale, percussive et loufoque. Derrière le projet, Bill Laswell et Midori Takada (suédoise également). Le reste de l’album est sympa avec des passages parfois très funk et weird. Dans un autre style, une de mes préférées du Bill reste tout de même Purana qui donne des envies d’herbes bizarres…

Outro : The Wings of Honneamise, Kokubou Soushou (super anime d’ailleurs !)