Playlist #21 – 16/02/2026
J’avais en tête de donner suite à la veine punk et black metal de la semaine dernière, mais la grippe alliée au weekend enragé à Marseille ont enrayés ma motivation à poursuivre sérieusement ce sombre dessein. C’est donc dans une grande fébrilité que j’écris ce texte, à la lumière vespérale d’une bougie dont la fine flamme rappelle de la Tour ou une autre nature morte du Grand Siècle. Aussi, tu excuseras par avance une syntaxe devenue momentanément débile comme la main et l’esprit qui la maintiennent tant bien que mal à flot. Ouai tout ça pour dire que je suis comme un sacos tout frigorifié dans le plumard avec mon laptop sur le bide, dans l’hésitation entre doomscroll des vlogs conseille beauté et bien-être d’instagrameuse ou mater Pattaya. Dites vous que j’étais tellement dead hier soir que j’ai commencé à partir sur la première option pendant bien 15 minutes, avant de réaliser ce que j’étais en train de faire et me ressaisir pour crouchback vers le frigo afin de m’enfiler plusieurs cuillères de beure de cacahuètes étalé sur un reste de vieux pain rassis de la semaine passée. On repassera pour la routine alimentaire, sale comme cette première track du Fleckentarn, joliment nommée Ta Viande. Il parait que c’est devenu la musique officielle de l’Archi-Boucher Rue de l’Eglise. On rentre dans le vif du crust punk infusé au black metal (ou l’inverse, j’en sais rien), c’est peu technique, c’est très émotionnelle et teinté mélancolie. De ce même album, il faut aussi écouter la deuxième partie à partir de la cinquième track et surtout le dernier morceau Le temps ne guérit rien, résolument Oi! (Oi! d’olive). Tout cette tambouille à tout de même un côté un peu ado lettreux fan des Fleurs du Mal, mais ça reste trve, attention ! C’est sortie sur Croux Records. Je continue sur ce même labelo avec le Vaurien. Légitime sabotage avec ses riffs lancinants plongés dans des nappes de synthés 80s donne immédiatement envie de foutre des bombes dans les boulangeries sans baguettes ou les restaurants d’assiettes à partager du 11ème. Et puis mince, j’ai pas finis d’envoyer la purée. Vous allez maintenant augmenter le volume de votre sonorisation : il est temps de s’assommer au stoner doom noisy des Goslings. Tout comme Serge Karamazov avec la plus célèbre des fratries russes, les zicos n’ont aucuns lien avec l’acteur américain édulcoré qui joue dans Barbie. Le rose de l’artwork cache une musique sépulcrale, poisseuse et vraiment, vraiment lourde au sens premier du terme. A voir en live dans la plus sombre des caves. Bon. On désépaissi la purée de pois avec la prochaine track de Bisou de Saddam, dont le blaze vient de rendre ce site web fiché S. Vous savez que j’affectionne tout particulièrement le post-punk, et surtout quand il est français. Malheureusement, les gars de Villejuif chantent exclusivement dans la langue de la perfide Albion; j’aurais bien kiffé quelques morceaux à la Guerre Froide, mais à l’instar du titre de l’album, on s’en contentera. Pour la peine, je glisse à la suite la track la plus fameuse des ancien.nnes de ce groupe, Demain Berlin; le genre de machin qu’il convient d’ écouter à un volume sonore élevé, bloqué quelque part dans le U-Bahn en plein hiver. Je clôs cette playlist sous le signe de la faiblesse et de la maladie avec cette production très druidique sortie chez Editions Gravats. Razasol pulvérise les prods de la plupart des DJs tranceux.euse plus souvent sous kétamine dans des glamping de festival new-age que dans des chaudrons de sorcières au milieu des Cornouailles enténébrées.
*Au passage, les artworks de Croux Recors sont magnifiques; et j’espère que vous en apprécieriez le style; souvent indus, parfois médiévale.
Ave !
Une petite fatigue est présente suite à ce réveil à 4h du matin. J’ai tout de même réussi à me rendormir partiellement, mais avec pas mal de cauchemars très glauques que je ne vais pas détailler ici. J’espère que votre week-end à Massilia s’est bien passé.
De mon côté, un week-end très très posé : beaucoup de lecture, un peu de dev — je pourrais vous raconter, je commence à faire des trucs chouettes et pratiques. Et le dimanche, je suis allé au Petit Palais voir l’exposition Pekka Halonen. Je ne connaissais pas. Ça n’a pas été une révélation, bien que ce soit assez marrant de voir des peintures de paysages ou même d’intérieurs très finlandais. Ça change des décors dont on a plus l’habitude. La série sur les paysages enneigés, tirant vers l’abstrait, était quand même assez intéressante.
Revenons à la musique : c’est encore une semaine assez éclectique. Ça débute par un classique d’Ebo Taylor, artiste ghanéen. Dit comme ça, forcément, ça fait très compilation Nova ; probablement que le tenancier du Rigodon doit adorer écouter ça en réfléchissant aux différents plats qu’il pourrait proposer dans son établissement de bobos du 11e. Néanmoins, ça reste une chanson — et plus largement un album — assez solide. Je l’ai découvert sur la radio ROVR. C’est vraiment une bonne alternative à NTS quand les lives partent trop en vrille. Il y a moins d’expérimental et beaucoup de lives sont très très solides, surtout hors Occident. Je vous conseille à l’occasion.
On enchaîne avec Chintamani de Céline Jessberg, artiste que j’ai eu l’occasion de découvrir en première partie du concert de Mulatu Astatke. C’était probablement la meilleure première partie que j’ai eu la chance de voir l’an dernier. Je sais que je l’avais déjà partagée, mais je n’en retrouve pas trace dans nos playlists, donc c’était l’occasion de la remettre. Flo ou Maria — je ne sais plus — l’a passée un matin la semaine dernière et ça m’a rappelé à quel point j’avais adoré.
Maninkari s’inscrit dans ma découverte de cette vague très néo-trad. On est sur du full instrumental, visiblement complètement improvisé. Ça confirme le fait que j’apprécie beaucoup ce genre, qu’il est aussi très varié et qu’il est fort possible que ce ne soit que le début. Tant mieux, vu que j’aime ça.
J’étais passé à côté, en août dernier, de cette compile de Mexican Summer. C’est très bien, sans surprise, mais comme souvent Conan Moccasin est au-dessus, avec une track qui, dès la première note, nous plonge dans son style unique. J’ai envie de mettre un peignoir et de traîner dans un immense salon recouvert de moquette avec un verre à la main. C’est l’effet CM.
Alors pour l’album Malavalle, c’est assez cool car il a été composé pour accompagner la lecture d’une BD du même nom. Œuvre publiée chez Réalistes Éditions, un éditeur créé par le très talentueux Ugo Bienvenu. C’est une maison qui publie moins que ce que j’aimerais, mais globalement tout est très très bon. Je ne connaissais pas non plus World Brain et Musique Chienne, et leurs projets solo m’emballent moins, mais là c’est juste parfait. On est sur une musique médiévale un peu ambient qui accompagne parfaitement l’œuvre. Je pense, pour le coup, même si c’est de la “BD”, que ça pourrait vous plaire.
Pour terminer, Shelby Obzut, découverte par hasard en diggant : c’est une artiste très prolifique. Ambient assez cinématographique ; la chanson Loose Leaf va vous plaire. Un commentaire sur l’album m’a fait assez rire, même si c’est un peu poseur :
“listening to this album felt like taking a nap in wet grass like that dude in Tarkovsky’s Stalker (in a good way)”
À la semaine pro, xoxo
Ô peuchère ! Comme on dit dans la cité phocéenne. Séjour bien rempli malgré une météo catastrophique qui m’a rappelé mes années de jouvence, quand je me traînais en cours à Luminy, en bus, après une soirée de découpe, la moustache dans le mistral. Ça mitraille sec, comme aurait dit ce ‘gros baiseur’ de JP Marielle. Je conseille vivement de regarder Comme la Lune de J. Siera, un vivier à répliques et expressions qui rappellent un temps où ce n’était pas forcément mieux, film à prendre au degré suivant, bien sûr. On aurait pu y ajouter Con devant. Et ça sera le premier morceau : un extrait de la BOF, avec Maracuja par Les Étoiles, duo de travestis brésiliens. Ca tombe bien, c’est le Carnaval. Comme une envie de traîner en peignoir écarlate toute la journée. Certains la considèrent comme musique de fond ou d’ascenseur. Personnellement, je trouve qu’elle magnifie une scène culte, exagérée à souhait dans le ridicule, complètement dépassée aujourd’hui, bien heureusement.
Finalement, en écrivant ces lignes, je décide de remplacer Aksoum et de ne vous partager que de la musique brésilienne (enfin presque). C’est ce que j’ai écouté dans le train et cette semaine, dans l’espoir de faire revenir le soleil. En vain. Enfin, mardi, pas trop mal. Pour la deuxième : Lumumba – Benvindo. On part sur ce que je trouve toujours magnifique avec la Música popular brasileira : un éternel mélange des genres, tantôt reggae, tantôt samba, batucada. Sortie très locale ; je suis assez étonné que le vinyle ne soit pas plus cher. Pochette toute simple qui rappelle qu’il faut fumer beaucoup. C’est peut-être ça l’ancêtre des stickers WhatsApp.
Je vous ai dit qu’on allait continuer sur la saudade et les rythmes ensuqués, avec un troisième morceau : Região Abissal – Feminina. Voici ce dont je me souviens de la traduction partagée par une pote brésilienne il y a quelques années : ça parle d’une femme puissante le jour, puis féline et assassine la nuit. Et le type tombe amoureux d’elle. Ça parle de séduction, c’est très fantasmée, c’est très brésilien.
En quatrième, un morceau que j’écoute quand ça ne va pas bien. Par le boss de la bossa Manfredo Fest, pianiste aveugle, mais bien plus classe que Gilbert Montagné. Un track léger qui rappelle le sud, la peau salée et les 33 ricards avalés. Ça donne envie de conduire sur la corniche Kennedy au volant d’une Cadillac. Prendre du LSD aussi. Peut-être que finalement je suis resté coincé ?
Vous connaissez mon amour pour la culture japonaise. Les échanges culturels entre la France et le Brésil sont assez évidents, que ce soit dans le cinéma ou la musique. Je vous partage d’ailleurs un hymne à la samba : Samba Saravah par Pierre Barouh, également BOF d’un film de Lelouch (Un homme et une femme) que je n’ai pas vu. Et puis ça reste deux grands peuples de découpeurs et d’alcooliques, ça rapproche. Mais le Japon et le Brésil ? Ça donne Primavera-Ba Tu Ca Da de Naoya Matsuoka (suédois). C’est le premier vinyle que j’ai trouvé en entrant dans un shop à Shimokitazawa. Je me demande comment ce projet a vu le jour et comment ils se comprenaient en studio, ce qui impliquait sûrement beaucoup de saké mélangé à de la cachaça, tout en fumant des clopes accroupis (matez un peu la pochette).
À la semaine prochaine les anciens ! Il y a Prague lundi, donc, nouvel exercice, je tente d’écrire dans l’avion en buvant des mignonettes de whisky. Bises.